Portrait de freeskieur : Vincent Gagnier et son entourage Imprimer Email
ATHLÈTES & COMPÉTITIONS
Écrit par Eve Boissonnault / SkiPressWorld.com   
Mercredi, 25 Février 2009 07:40

Comme bien des freeskieurs de son âge, Vincent Gagnier, 15 ans, souhaite un jour se tailler une place parmi les pros. La différence, c’est qu’on le considère déjà comme le meilleur au monde parmi ses semblables. À Mont-Tremblant, au printemps dernier, au Spin, son entourage et lui vivaient déjà comme des stars. Eve Boissonnault les a rencontrés.

La nuit était déjà bien avancée lorsque je suis arrivée à Mont-Tremblant. La journée m’avait semblé interminable et, malgré le fait que le calendrier nous indiquait que nous étions bel et bien au printemps, il n’y avait rien de printanier dans l’air. Un petit coup de fil au team manager de l’équipe Bula, J-F DuRocher, et je m’apprêtais à rencontrer la personne pour laquelle j’avais délaissé le confort douillet de mon appartement au centre-ville. Un dénommé Vincent Gagnier… le nom vous est peut-être familier.

En fait, ça fait un bout de temps que les observateurs de la scène freeski le regarde évoluer. Il y a déjà quelques années, lorsque Vincent n’avait que 12 ans, Félix Rioux, renommé photographe de freeski, prédisait déjà son succès. Mais je dois avouer que je ne m’attendais pas à ce qu’un adolescent soit aussi bien équipé pour faire face à un avenir sous le signe de la notoriété.

Il faut dire que Vincent Gagnier ne pilote pas seul sa carrière, mais qu’il compte sur un entourage on ne peut plus solide. Petit dernier d’une famille unie de Victoriaville, Vincent et ses six frères et sœurs sont tous plus talentueux les uns que les autres. Le benjamin a vu son grand frère, le très célèbre Charles Gagnier, joindre les rangs internationaux du freeski, un exploit de plus en plus difficile à réussir compte tenu du calibre élevé du circuit et du nombre de skieurs qui tentent leur chance chez les pros. De lui, Vincent a appris la leçon la plus importante pour se démarquer des autres : « skier le plus souvent possible ». Un conseil qu’il suit à la lettre…

À 15 ans, sa feuille de route se lit comme une lettre de freeskieur écrite au père Noël. Il a fait deux voyages de rêve en Nouvelle-Zélande pour s’entraîner en parc à neige, il a participé au concours Tignes Airways, en France, et va à l’école… en Utah, à la Winter Sport School in Park City, de la mi-avril à la mi-novembre. Il possède même un compte grand voyageur. Avec du talent, de l’intelligence et des moyens, on peut aller loin. Je n’ai donc pas été surprise d’apprendre que Vincent s’apprête à dominer le monde du freeski. « Je compte être l’un des meilleurs freeskieurs au monde dans cinq ans », dit-il. Et vlan !

Il skie comme un Gagnier, avec un style similaire à celui de ses frères, Antoine et Charles, très souple, très créatif. Peu bavard, Vincent laisse son talent s’exprimer dans le parc. Il semble aussi s’être fait un plan de match basé sur une quête extensive d’expérience : « Pour le moment, ce sont les compétitions qui comptent, après on pensera aux films. De plus, l’école c’est super important pour moi car ça assure un avenir dans la vie », dit-il, philosophe. L’an dernier, sa participation au US Open lui a valu une 16e place. Pas si mal quand on sait qu’il se mesurait à des gars comme JF Houle.

Lorsque Guy « Mingo » Berthiaume, directeur du marketing sportif chez Salomon – un véritable agent des stars du ski qui a travaillé notamment avec JF Cusson et JP Auclair –, a vu Vincent skier pour la première fois, il s’est dit : « Il est comme ses frères, il a ça dans le sang. Ça fait longtemps que nous travaillons avec les Gagnier. Antoine, le visionnaire derrière leurs mouvements signatures, a ouvert la porte à Charles, et Charles a ouvert la porte à Vincent. » Mais il y avait plus : « Lorsque j’ai vu Vincent skier, j’ai compris tout de suite qu’il possédait une qualité musculaire unique pour absorber un saut et exploser immédiatement dans un autre. C’est très rare et il ne m’en a pas fallu plus pour lui faire signer un contrat. On l’encadre et on le soutient, le but c’est de le monter au niveau international. »

Entourage à Mont-Tremblant

De retour à Mont-Tremblant, Vincent Gagnier a pris part au Coca-Cola T4. Son entourage du moment était composé de ses collègues du team Bula, le freeskieur Cédric T-F et les snowboarders Guillaume Beaudoin et Matts Kulisek; une équipée organisée à la dernière minute pour l’occasion. « La chimie était immédiate entre les quatre riders. Ça m’a impressionné mais je n’étais pas surpris, ils ont tous une bonne attitude. Je savais que je pouvais avoir confiance en Vincent », racontait JF DuRocher. « Il faut comprendre qu’à ce stade dans sa carrière, tout a rapport avec l’âge. Mais c’est clair que dans sa catégorie d’âge, c’est le meilleur au monde. Seuls les frères Byron et Beau Wells et Henrik Harlaut rivalisent avec lui. Vincent un gars très zen, son ski parle pour lui. Il s’est fait respecter des autres membres de l’équipe immédiatement. »

Et pour cause. Lorsqu’on regarder Vincent Gagnier se lancer dans les air, on comprend vite pourquoi il n’échangerait sa carrière de freeskieur que pour celle d’un super-héros. Ce gars-là sait voler, c’est certain. En fait, demandez-lui de faire un Switch 1080 et il s’exécutera sur le champ. « C’est un truc payant que je n’ai pas difficulté à réaliser, » dit-il avec assurance. Cette confiance en ses moyens sautait aux yeux lors du T4. Même s’il était de loin le plus jeune membre de l’équipe, il savait, comme il le dit, « quoi faire ». Impressionnant à l’entraînement, c’est lors de la finale en soirée que le team Bula a tout donné. Tandis que Cédric T-F s’élançait avec un 270 Screaming Eagle, que Matts Kulisek complétait un Switch 1080, et que Guillaume Beaudoin choisissait un Fakie/Switch 270 out, Vincent Gagnier y est allé d’un énorme 1260. Ah, oui… et ils ont gagné.

S’il lui reste encore du chemin à parcourir avant qu’il ne soit sacré pro du freeski, Vincent Gagnier est sans contredit sur la bonne voie, vous pouvez parier là-dessus…

Photo : Pierre-Luc Dufour pour Ski Presse